ENTREPRENARIAT FEMININ : Rama, celle qui a révolutionné le commerce du thon à Ouagadougou

En 2012, lorsque Ramatou Balboné se lançait dans la commercialisation du thon frit, elle était loin de s’imaginer que quelques années plus tard, elle serait une référence, dans le quartier de Dassasgho, mais aussi dans la ville de Ouagadougou. Le thon, elle en a fait son affaire pour le bonheur de ceux qui en raffolent et de ses clients. Aujourd’hui son business prospère. De son étable de fortune, Ramatou affectueusement appelé Rama, a ouvert un mini restaurant d’attiéké et emploie une dizaine de personnes. Une équipe de Bizya fait un focus sur les activités de cette femme battante.

Ils sont nombreux les habitants de Dassasgho et des quartiers environnants qui ont déjà fait une escale sur l’avenue des Tensoba (la circulaire), chez Rama, pour gouter aux délices de son  attiéké au thon frit. Initialement installée juste en bordure du bitume, pour 300 ou 500 F CFA, Rama vous gratifie d’un thon frit que vous accompagnez avec de l’attiéké. Chose qui n’était pas courant au pays des « Hommes intègres ». Cela, pour plusieurs raisons. D’abord parce que l’attiéké, met d’origine ivoirienne fait à base de manioc, n’est pas vite entré dans les habitudes de consommation des Burkinabè surtout ceux du Centre et du Nord en raison de la non production du manioc dans ces zones. En effet, en 2019, selon le RGA, seulement 3,7% des ménages agricoles au Burkina Faso produisaient le manioc toutes saisons confondues.

14,5% de ces ménages étaient issus des régions des Cascades, des Hauts Bassins et du Sud-ouest. La transformation de cette denrée en attiéké n’était donc pas monnaie courante. Ainsi, la majeure partie de l’attiéké commercialisé provenait de la Côte d’Ivoire. Importé, il devenait naturellement plus cher sur le marché.

En outre, s’il était difficile de s’offrir un plat d’attiéké avec du thon à partir de 500 F CFA, c’est aussi parce que ce type de poisson est importé. Et, contrairement aux autres variétés de poissons, le thon est très exigeant en conservation.  « Si le poisson vient non congelé et qu’il y a délestage, il se fermente et pourrie », nous confie, à ce propos, Rama. C’est dire qu’en plus du coût de l’importation il faut tenir compte des moyens mobilisés pour la conservation. Ce qui joue évidemment sur le prix de vente et rend le thon plus cher que les autres variétés de poissons.

Mais comment s’y est prise Rama pour que le plat d’attiéké-poisson thon soit plus accessible aux consommateurs sans pour autant avoir un déficit dans son chiffre d’affaire ? Le secret de cette commerçante de l’informel réside dans l’expérience et l’étude du marché. Son expérience, elle l’a utilisée pour étudier le marché et s’est créée une opportunité.

Un parcour

En effet, c’est toute petite en terre d’éburnie que Rama, aux côtés de sa tante, a commencé à découper des oignons, de la tomate, chauffer l’attiéké, frire du poisson, servir des clients… Mais, à cette époque, elle ne pensait pas à en faire son métier. Entre-temps, elle rentre au pays. Une fois à Ouagadougou, le premier constat que Rama fait, elle qui avait l’habitude de manger de l’attiéké, c’est qu’il n’y avait pas assez d’attiékédrômes* sur place. « Je me suis dit alors que je vais m’investir dans le domaine pour voir ce que ça va donner. Voici comment j’ai commencé », lance-t-elle.

Et c’est peu dire que d’affirmer que ses débuts ont été parsemés d’embûches. Eu égard au contexte, notre entrepreneure a fait face à de nombreuses difficultés. D’abord par manque de moyens mais aussi parce que les gens ne se ruaient pas sur son commerce. Au fil du temps, elle constate que les choses s’améliorent et décide alors d’innover avec l’introduction du thon. C’était déjà en 2014. « Je l’ai fait parce que personne quasiment ne vendait du thon par ici », nous confie-t-elle. « Aussi, si j’ai choisi de vendre de l’attiéké-poisson thon c’est parce que le thon est différent des autres poissons. Sa chair est comme de la viande. Et il vient salé. Sans omettre le fait que les gens aiment accompagner leur attiéké avec le poisson Thon maintenant. Ils ne mangent plus le poisson ordinaire. Je fais donc un peu de poisson ordinaire et tout le reste c’est du poisson thon », ajoute-t-elle.

Le thon, les clients de Rama en raffolent maintenant si fait qu’elle est obligée de passer sa commande de la Côte d’Ivoire tous les 2 jours. Son commerce est devenu florissant. De son étable de fortune installé au bord du bitume de la circulaire Rama est passée à un mini-restaurant non-loin de son installation d’origine. Ce démenagement en plus d’améliorer le confort de ses clients, assure leur sécurité. Et tous les jours, Rama met un point d’honneur à les satisfaire dans le service. « Maintenant je m’en sors très bien », se réjouit-elle. A toutes celles et ceux qui veulent emboîter ses pas, Rama a un conseil : « Il faut un certain courage pour débuter une activité. A mes débuts je ne pouvais pas vendre un kilogramme de poisson. Mais c’est le courage qui m’a guidé jusqu’aujourd’hui. On ne peut pas entreprendre quelque chose aujourd’hui et croire que les choses vont marcher immédiatement ». Il faut donc de l’abnégation.

Jennifer Oulé

*Attiékédrome : jargon ivoirien qui désigne le lieu où l’on vend de l’attiéké.

Encadré

L’attiéké, qu’est-ce que c’est ?

L’attiéké est une spécialité culinaire de certains peuples lagunaires du Sud de la Côte d’Ivoire. Il est traditionnellement produit par les femmes, des équipes constituées dans le village se groupant pour la production. Sa consommation est tellement forte que des usines ont été construites pour le fabriquer. Le mot attiéké est une déformation du mot ‘adjèkè’ de la langue ébrié parlée dans le sud de la Côte d’Ivoire. À l’origine (et parfois encore aujourd’hui), les femmes ébriés ne confectionnent pas de la même manière l’attiéké qu’elles vendent avec celui qui est consommé par leur propre ménage. Par conséquent, elles qualifiaient d’adjèkè le produit vendu pour le commerce ou pour la vente, afin de marquer la différence avec le produit consommé à la maison (Ahi). Ce sont ensuite les transporteurs bambaras qui ont propagé ce mot le faisant passer à ‘atchèkè’. Les colons français (certainement pour motif d’esthétisme à l’écriture) écrivirent ‘attiéké’; mais, dans la rue, on prononce souvent ‘tch(i)éké’, avec amuïssement du a initial.

Zoom sur le thon

Poisson salé, le thon est une source de protéines et contient peu de cholestérol. Le thon regorge d’éléments nutritifs, dont le phosphore, le sélénium, les vitamines A et D, ainsi que celles du groupe B. on distingue deux types. Le thon rouge et le thon blanc. Le thon rouge se démarque du thon blanc par sa teneur élevée en acides gras et l’acide docosahexanoïque.

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