Koko Dunda : Le pagne des pauvres devenus créateur de richesse

Le pagne tissé, Koko Dunda, c’est toute une histoire aux origines lointaines. Un  savoir-faire transmis de génération en génération dans la région des Hauts-Bassins. C’est aussi et surtout un symbole de persévérance et d’attachement aux valeurs culturelles. Malgré le peu d’intérêt à lui accordé  autrefois , le Koko Dunda a traversé le temps et gardé son originalité. Et, cela s’est avéré payant grâce au coup de pouce du styliste Bazem’se. Aujourd’hui, le pagne est prisé par toutes les couches sociales . Les acteurs à l’origine de sa production et de sa commercialisation se frottent les mains conduisant ainsi à un changement structurel de l’économie dans la ville de Sya et au-delà. Fatoumata Tamini que notre équipe a rencontré fait partie de ceux-là qui ont du succès grâce au Koko Dunda.

C’est à croire qu’elle ne se lasse pas.  65 ans et mère de six enfants, Fatoumata Tamini est toujours au charbon. De jour et souvent de nuit, la sexagénaire travaille. Elle est partagée entre le choix des teintures, des motifs, le séchage des pagnes, le traitement des commandes, les ventes et livraisons. Toutes ces tâches, Fatoumata Tamini arrive à les coordonner sans trop de difficultés du fait de son expérience. Avant elle, c’est sa mère qui exerçait le métier et avant sa mère, la mère de sa mère. Comme sa grande mère l’a fait pour sa mère, Fatoumata Tamini a  été initiée au métier très tôt. « C’est ma mère qui m’a appris ce métier il y a de cela 35 ans », nous confie-t-elle. Savoir confectionner du Koko Dunda est donc son héritage. Comme elle, nombreuses sont les femmes de la ville de Bobo-Dioulasso qui ont reçu ce savoir-faire comme héritage. Mais ce trésor, pendant longtemps jusqu’à un passé récent, ne leur était pas très bénéfique économiquement. Sur le marché, en effet, peu de gens s’intéressait à leur produit.

La demande n’étant pas forte, les prix étaient relativement bas et la marge bénéficiaire sur le produit quasiment nul. On estimait que c’est faute de moyens que certaines personnes se tournaient vers le koko Dunda pour s’habiller. Ce qui a d’ailleurs valu au tissu les sobriquets de « Tchiè Ti  Bara ra » et « Soro  man guêlè » en langue Bambara qui signifie respectivement « Mon mari ne travaille pas » et « facile à s’en procurer ». C’est donc une lapalissade d’affirmer que L’étoffe était stigmatisée et considérée comme un habit réservé aux plus démunis. Le prix d’acquisition variait entre 500 et 750 F CFA. Mais pour la plupart des teinturières, c’est une tradition. Avec toutes les difficultés qu’elles avaient pour écouler leurs produits, elles sont restées engagées produisant peu, mais produisant quand même. Elles ne croyaient pas si bien faire. Puisqu’un messie s’annonçait. Lorsque le styliste Bazem’sé, Sébastian Baziémo à l’état civil, décide de retravailler le tissu et de le vulgariser, c’était une nouvelle page de l’histoire du pagne qui s’écrivait . D’abord, en imaginant de nouveaux modèles aux teintes plus captivantes et éclatantes. Ensuite, il en fait la promotion dans son activité dénommée Bobo Fashion Week et sur des podiums internationaux. Koko Dunda was back pouvait -on dire sans exagération. Des contrées les plus reculées le Koko Dunda se retrouve dans des palais huppés. A partir de 2014, l’on commence à s’identifier au tissu. La demande est multipliée et le prix d’achat avec.

3500, voire 5000 F CFA à certains endroits. C’est maintenant le montant qu’il faut débourser pour se procurer le tissu devenu tendance. C’est le début d’une nouvelle ère de business pour les teinturières et teinturiers. Ce tissu traditionnel propre à leur culture est devenu un vrai business. Est de ceux-là, notre entrepreneure Fatoumata Tamini dont l’atelier se trouve au secteur 15 de Bobo-Dioulasso.   Tous les 5 jours, précise-t-elle, elle teint 1000 pagnes pour répondre à la forte demande. Dans ses tâches multiples et afin de respecter ses rendez-vous de commandes, elle est aidée par ses filles à qui elle a également appris le métier. « Mon travail est organisé en deux grandes parties. Il y a la confection et la vente. En ce qui concerne la confection, nous avons un homme qui attache les tissus selon le modèle choisi et nous, nous sommes chargées de la teinture. Les pagnes ainsi confectionnés sont acheminés dans le magasin situé au marché central de Bobo-Dioulasso pour la commercialisation et pour répondre aux commandes », explique-t-elle. C’est dire que son activité est en train de se transformer en une unité industrielle. La commercialisation des pagnes pour cette teinturière est donc bénéfique, elle qui, par mois peut générer un intérêt d’environ 200 000 F CFA. Et, c’est peu dire que d’affirmer qu’à la faveur du boom dans le secteur, Fatoumata Tamini est aujourd’hui autonome. Elle a construit une maison où elle habite avec ses enfants. En plus, ces derniers n’ont plus trop de soucis à se faire pour la prise en charge de leur scolarité car notre entrepreneure veille au grain pour qu’il ne leur manque rien. Et, quand ils sont malades, elle est à leurs petits soins et prend en charge les frais médicaux sans trop de difficultés. Notre entrepreneure participe également à l’épanouissement de sa famille élargie où elle intervient souvent pour lui venir en aide financièrement. Tout cela a été possible grâce au Koko Dunda et à l’abnégation de cette femme qui d’ailleurs ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Produire plus et mieux structurer son entreprise est sa préoccupation majeure. Là-dessus, elle entend se donner les moyens pour y parvenir.

Pour toute fin utile vous pouvez contacter Fatoumata Tamini au 76229647.

Samuel COULIBALY (Correspondant biznesskibaya/Bobo-Dioulasso)

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