RENCONTRE : Romulad Sawadogo nous parle du métier de Transitaire

Romuald Sawadogo réside au Ghana depuis 17 ans. Ce Burkinabè de la diaspora est arrivé à ce faire un chemin dans le domaine du transport et de la logistique. Bizya a rencontré ce dernier pour en savoir davantage sur ce domaine d’activité qui, selon lui, est comme une chaîne avec des maillons. Il parait important de parler de tous les maillons de la chaîne, ce qui permettra aux uns et aux autres de bien comprendre. Ici, on parlera de transitaire mais pour ceux qui sont dans les ports, on les appelle des affréteurs. Quand ceux-ci créent leurs sociétés, ils sont en même temps des transitaires, des affréteurs et des transporteurs. C’est avec d’autres compatriotes burkinabè vivant au Ghana qu’il évolue dans ce domaine d’activité.

Bizya (B) : Qu’est-ce qu’un affréteur ?

Romual Sawadogo (R.S) : Un affréteur est quelqu’un qui peut acheminer une cargaison d’un bout à l’autre. Cela peut se faire par la route, en avion ou par la mer. Par exemple si vous avez une cargaison de mille tonnes de grains de coton, l’affréteur peut se charger de vous le prendre depuis le Burkina jusqu’au port par la route ou par le train et à partir du port, le remettre sur un bateau à destination de l’acheteur qui se trouve quelque part en Asie ou en Europe. C’est ce qu’on appelle l’affrètement.

B : Comment se porte le secteur de la logistique du côté de la diaspora ?

R.S : De manière générale, le secteur de la logistique se porte très bien. Vous voyez des multinationales qui sont en Afrique, installées pratiquement dans presque tous les pays africains et qui ont une force au niveau de nos ports. Même dans les pays où il n’y a pas de mer. Parce qu’en la matière, il faut reconnaitre que nous n’avons pas de structures assez spécialisées dans ce domaine. Parce que comme ce que je vous dis, c’est une chaîne. Il est claire qu’une multinationale qui est au Burkina et qui peut suivre le travail depuis le départ jusqu’à l’arrivée, elle a la compétence nécessaire pour le faire pour quelqu’un qui est à Ouaga et qui attend de faire une mise en consommation. Même les ports africains à travers leurs entrepreneurs locaux n’assurent même pas 15% du transport maritime. Ça veut dire que les acteurs privés africains doivent vraiment aller vers le professionnalisme et prouver qu’ils peuvent rendre le même service que ces grands groupes multinationaux que nous avons dans nos pays. Donc c’est un secteur qui se porte bien mais qui malheureusement est toujours dominé par les multinationales parce que quelque part aussi, les acteurs prennent le secteur comme un tabou alors que non, ça peut s’apprendre et créer beaucoup d’emplois. Des sociétés peuvent grandir et avoir même des bateaux.

B : Et quel est l’état du secteur du transport ?

R.S : Le secteur du transport aussi se porte assez bien. Mais pour pouvoir bénéficier des retombées, il faut maîtriser le travail. Si vous maitrisez, il est clair qu’il y aura toujours du fret pour vous. Tout commence par le fret et il y a beaucoup de frets qui bougent tous les jours. Sans le fret, rien ne fonctionne. Quand vous prenez les besoins journaliers du Burkina, c’est des quantités énormes. Donc le secteur se porte bien. Maintenant, le problème se pose sur l’organisation ou la volonté des acteurs à s’approprier réellement l’activité pour pouvoir bénéficier des avantages. J’ouvre cette parenthèse pour dire qu’il ne s’agit pas d’aller acheter des camions. Une chose est d’acheter des camions, mais il faut d’abord chercher à maîtriser le fret, savoir comment est-ce qu’il est produit, connaitre les acteurs de productions et enfin, travailler à leur donner des services de qualité. En ce moment, la confiance peut s’installer et les acteurs peuvent faire confiance à des structures qui peuvent les aider à avoir leur fret parce qu’il y a beaucoup de risques en la matière. Il y a ce qu’on appelle les echothermes liés au déplacement du fret. Je sais que par exemple au Burkina, on a des acteurs qui ont fini par garer leurs camions. Tout simplement parce qu’ils ne savent pas comment faire partie de la chaîne. Alors que si vous ne faites pas partie de la chaîne, même si vous achetez des camions, vous ne pouvez pas évoluer.

B : L’Etat intervient-il dans ces les domaines du transport et de la logistique et cela est-il perçu par les acteurs ?

R.S : Oui, l’Etat intervient. Et même s’il n’intervenait pas, il fallait qu’il intervienne. Il doit jouer le rôle de facilitateur. C’est-à-dire que l’Etat à travers ses structures doit accompagner les acteurs qui sont dans le domaine de la logistique pour faciliter leur travail. Avec pour premier objectif, la réduction des coûts portuaires par rapport à la cargaison qui arrive. Si les coûts de passage maritime sont maîtrisés, finalement le produit qui va être revendu au consommateur et les charges de celui qui importe sont moindres. Cela, contribue à réduire le prix de revient des produits. Souvent, il arrive que des importateurs burkinabè dépensent moins pour amener leurs marchandises de l’Asie ou de l’Europe vers les ports du Togo, de la Côte d’Ivoire ou du Ghana. Par contre, entre les ports et le Burkina, c’est tout autre chose. En effet, à ce niveau, les coûts dépassent de dépassent de loin ce qu’ils mettent pour amener la marchandise des autres continents. Il y a beaucoup de facteurs qui entrent en compte mais le rôle de l’Etat c’est d’accompagner en prenant des mesures pour que le transport ne soit pas cher. L’Etat à toutes les techniques possibles pour vraiment intervenir dans ce sens. Depuis 2014, on constate qu’il y a des crises dans le secteur, et nous invitons l’Etat à réellement prendre le problème à bras le corps. Ça veut dire qu’il y a un travail professionnel et technique même juridique qui manque. Dans la chaine, quand chacun ne connait pas son rôle, ses engagements il ne peut qu’avoir de la frustration. Du chauffeur jusqu’à la société d’affrètement en passant par le transitaire et l’importateur, il y a une nécessité de sensibilisation. Il faut même les former pour qu’ils comprennent réellement le mécanisme. Quand tout le monde est pris en considération et que chacun sait comment ça se passe, je ne vois pas en quoi il y aura des problèmes.

B : Quelle est la part contributive du privé dans les secteurs du transport et de la logistique ?

R.S : Le privé a une part assez importante dans ces secteurs. Parce que quand vous prenez le secteur privé du Burkina, vous avez beaucoup de sociétés qui contribuent à aider à l’arrivage du fret tout comme à l’exportation du fret burkinabè. Ce sont des sociétés animées par des Burkinabè et c’est grâce à eux que le pays tourne. C’est déjà un grand effort si des Burkinabè sont conscients qu’il faut mettre beaucoup de camions, il faut créer des sociétés d’affrètement pour faciliter le ravitaillement du Burkina. Il y a déjà un travail qui fait à ce niveau. Mais, comme je l’ai dit, il faut maîtriser toute la chaîne. Parce que si vous ne maîtrisez pas toute la chaîne, le travail est plus compliqué. Les gens ont besoin de professionnalisme, d’engagement pour avoir leurs marchandises soit en import ou en export avec toute la tranquillité possible. Parce que lorsqu’un importateur burkinabè a mille tonnes ou dix mille tonnes de marchandises dans un port, il est clair qu’il va vouloir confier cela à des sociétés responsables. Il n’attend que sa marchandise dans son magasin. Il peut u avoir des difficultés et c’est fréquent. D’où la nécessité d’amener l’ensemble des acteurs à comprendre le fonctionnement de la chaine de transport.

B : Tirez-vous satisfaction de ce que vous faites ?

R.S : Loin de là. Parce que quand ce n’est pas bien organisé, il est clair que vous avez des conséquences désastreuses. Habituellement quand vous attendez du fret dans un port, et quand le bateau arrive, le bateau n’attend pas. Plus vous trainez, plus les frais augmentent. Les dispositions doivent être prises avant l’arrivée du bateau. Il y a des moments où l’on veille 24h/24 pour que tout soit au top. Quand vous avez 2500 tonnes à charger dans un port, vous devez mettre des équipes en place qui se relaient toute la journée et pendant la nuit avant que le bateau ne reprenne le large. Si tous les acteurs de la chaîne ne comprennent pas que c’est l’organisation et l’enlèvement rapide qui est important et que certains adopte une attitude à empêcher le chargement rapide, je vous assure que ce sont des milliards de F CFA qui vont s’envoler.

B : Quel est votre mot de fin ?

R.S : Vous savez, nous sommes du secteur privé et il faudrait que ceux qui travaillent dans la fonction publique comprennent que si quelqu’un de par sa propre capacité, de par sa propre volonté a appris un travail, il peut le mettre au profit de cet acteur de la fonction publique pour défendre les intérêts des burkinabè. On ne nous permet même pas de nous exprimer, on ne s’assoit même pas avec nous pour échanger. Aucune possibilité d’aller de l’avant ne peut se faire sans tous les acteurs. C’est dans la solidarité, c’est dans l’union que nous pouvons avancer. Nous devons travailler à mettre en place un modèle de société et cela ne peut se faire qu’à travers la discipline. Il faut d’abord qu’on s’accepte. On ne peut pas construire un pays en mettant de côté près de 90% de la population qui ne peut pas avoir accès à la parole à travers leurs activités privées. C’est une utopie, c’est comme rêve. Il faut que chacun puisse apporter sa pierre à la construction de la nation.

Propos recueillis et retranscrits par Hamado Ouédraogo.

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