UMAO ou la modernisation du dolo au Burkina Faso

La transformation artisanale et industrielle est sans doute l’un des moteurs de croissance d’un pays. En Afrique, et particulièrement au Burkina Faso, cette transformation bénéficie de la diversité des matières premières, surtout celles agricoles. De plus en plus, plusieurs idées innovantes se développent autours de cette diversité qu’offre le secteur agricole. UMAO qui est une société spécialisée dans la modernisation des produits locaux et dont la principale activité est la production industrielle de boissons à base du sorgho, est une de ces innovations émanant du domaine de l’agroalimentaire. Basée à Ouagadougou au Burkina Faso, cette unité fut créée en 2009 et emploi aujourd’hui une dizaine de personnes. Pour savoir davantage sur cette brasserie qui a modernisé le dolo, nous avons rencontré Stéphane BOUGMA, technicien supérieur en agroalimentaire et gérant de UMAO SARL.  

BIZYA : Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ?

Stéphane BOUGMA : UMAO SARL est une entreprise qui est spécialisée dans la modernisation des produits locaux. Nous avons une expertise qui nous permet de développer, de fabriquer et d’installer des unités agroalimentaires. Nous développons surtout de nouveaux process pour la transformation industrielle des produits locaux.

BIZYA : UMAO est spécialisée dans la modernisation des produits locaux ; elle dispose d’une unité de brasserie locale. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette brasserie ?

Stéphane BOUGMA : A UMAO, notre première activité a été de faire du Ram et du Ranoodo (boisson alcoolisée ou non, faite à base du sorgho encore appelée dolo) pour les populations urbaines. Il faut dire qu’avant, le dolo était fait de façon artisanale et avait une durée de vie de moins de 24 heures. Mais nous, avec notre brasserie, nous avons pu mettre sur le marché du dolo embouteillé alcoolisé et non alcoolisé qui a une durée de vie de six mois à un an à température ambiante. Notre dolo est plus adapté dans une distribution moderne. Nous avons fait sortie les produits des cabarets pour les mettre dans les alimentations, dans les restaurants, dans les maquis, etc.

BIZYA : D’où vous est venue l’idée de moderniser cette boisson ?

Stéphane BOUGMA : Il faut dire que la transformation du sorgho en dolo est une activité informelle qui pourtant génère beaucoup de revenus pour ceux qui la pratiquent. Si on fait une analyse objective, on remarque que c’est le secteur où les gens se font déjà de l’argent et que c’est le secteur où les gens peuvent davantage se faire de l’argent. On a également remarqué que le dolo est connu et apprécié par plusieurs personnes. Mais son circuit de distribution et les conditions hygiéniques dans lesquelles cette boisson est parfois vendue ne permettent pas à toutes les catégories de personnes de s’en procurer. Imaginez un cadre descendre de sa voiture et aller s’asseoir dans un cabaret ; c’est un peu vilain à voir. Donc nous nous sommes dit, si c’est le circuit et les conditions hygiéniques qui posent problème, alors la solution est trouvée. Ainsi nous avons décidé de produire le dolo de façon moderne et dans des conditions hygiéniques plus adaptées en le conservant dans des bouteilles individuelles et à usage uniques.

BIZYA : Depuis quand transformez-vous le dolo de cette façon moderne ?

Stéphane BOUGMA : C’est depuis 2009 que nous avons commencé la transformation. Donc, depuis dix ans, à travers la maison du dolo, qui est en fait notre boutique de distribution, nous mettons à la disposition des consommateurs du dolo alcoolisé et non alcoolisé.

BIZYA : De 2009 à aujourd’hui, comment a évolué votre unité de transformation ?

Stéphane BOUGMA : Il faut souligner qu’il y a eu beaucoup d’évolution aussi bien sur le plan technique que sur le plan commercial. En 2009 quand nous commencions, nous étions toujours sur le foyer à bois. Après nous sommes passés au foyer à gaz. Aujourd’hui nous sommes à une unité complètement moderne. C’est devenu une mini-brasserie avec une capacité de brassage de 500 litres par production. Donc aujourd’hui nous sommes à un niveau où nous avons considérablement modernisé et augmenté notre dispositif technique.

BIZYA : Depuis 2009, est-ce que vous avez maintenue une production régulière de façon à fidéliser votre clientèle et à augmenter la demande ?

Stéphane BOUGMA : Depuis que nous avons commencé, la demande ne fait qu’évoluer. D’ailleurs, nous avons toujours eu du mal à satisfaire la demande parce que les clients finaux qui sont les consommateurs sont intéressés. Cependant, la principale difficulté c’était comment convaincre les revendeurs, c’est-à-dire les gérants des alimentations, des maquis, etc. pour qu’ils puissent mettre la boisson à la disposition des consommateurs. Au départ, nous avons conçu le projet, mais nous n’avions pas pensé à une stratégie de distribution qui impliquerait l’unité de production, les intermédiaires et le consommateur final. Mais au regard de la croissance de la demande, nous avons fait de telle sorte que les clients puissent avoir le produit sans difficulté.

BIZYA : Dans quelles localités peut-on trouvez votre boisson ?

Stéphane BOUGMA : Actuellement nous sommes plus présents à Ouagadougou. C’est vrai que nous avons commencé à aller à l’intérieur du pays, mais nous mettons d’abord notre énergie sur Ouagadougou pour pouvoir disposer d’une certaine capacité avant de nous étendre dans les autres régions du pays.

BIZYA : En plus du dolo, vous brassez aussi la bière. N’êtes-vous pas confronté à une concurrence du moment où il y a déjà de grosse brasserie sur la place ?

Stéphane BOUGMA : Nous existons depuis dix ans. Et nous sommes dans un système de liberté d’entreprise. Et c’est cela aussi l’entrepreneuriat. Chacun conçoit et développe son projet avec sa stratégie. Personnellement je n’ai jamais regardé ce que fait mon voisin avant de me décider. De toute façon, dans une telle situation c’est le consommateur qui fait ses choix et c’est ce qui nous fait avancer.

BIZYA : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Stéphane BOUGMA : Bon, à chaque jour suffit sa peine. Au début c’était le financement qui n’est parfois pas facilement accessible. Nous étions alors obligés de développer d’autres initiatives pour pouvoir nous équiper. Aussi, il faut souligner qu’au début pour trouver un revendeur de dolo dans des bouteilles, c’était un peu compliquer. Mais maintenant tout va mieux et nous gérons au quotidien les autres difficultés.

BIZYA : Quelles sont vos perspectives ?

Stéphane BOUGMA : C’est déjà continuer à augmenter la qualité et la quantité de notre production. Nous envisageons également, comme je l’avais souligné, marquer notre présence sur l’ensemble du pays.

Entretien réalisé par Valentin Youmanli

 

Valentin Mano

Journaliste multimédia manovalentin1er@yahoo.fr

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